Abbaye royale du Val-de-Grâce
Genèse et fondation royale

L’abbaye royale du Val-de-Grâce trouve son origine dans la piété de la reine Anne d’Autriche. En 1621, la reine établit une communauté de bénédictines issues du prieuré de Bièvres dans le faubourg Saint-Jacques à Paris. Cependant, l’édification de l’ensemble monumental actuel est indissociable de la naissance du futur Louis XIV.
Après vingt-deux ans de stérilité, Anne d’Autriche fait le vœu d’élever « un temple magnifique » si Dieu lui accorde un héritier. La naissance du dauphin, le 5 septembre 1638, est perçue comme un miracle qui concrétise ce vœu. En 1645, la reine, alors régente, lance les travaux de reconstruction de l’abbaye. La pose de la première pierre de l’église est effectuée le 3 juillet 1645 par Louis XIV lui-même, âgé de sept ans.
Conçue comme un ex-voto, l’abbaye servait également de demeure à la reine. Anne d’Autriche y avait fait aménager un appartement privé où elle se retirait régulièrement pour suivre la règle monastique et s’isoler des intrigues de la Cour. Elle y mourut d’ailleurs en 1666. Le site devint ainsi un lieu de mémoire pour la dynastie des Bourbons, l’église abritant notamment les cœurs de plusieurs membres de la famille royale.
De l’abbaye au service de santé militaire
La Révolution française marque un tournant définitif pour le destin de l’édifice. Le décret du 31 juillet 1793 transforme l’abbaye du Val-de-Grâce en hôpital militaire d’instruction, une décision qui s’inscrit dans un contexte de guerre et de besoin impérieux de soigner les soldats de la République. Ce changement d’affectation sauve l’ensemble monumental des démolitions massives qui frappèrent de nombreux édifices religieux parisiens à cette époque.
Le site devient alors le pivot de la médecine militaire française. En 1850, l’institution évolue avec la création de l’École d’application de médecine militaire, destinée à former les médecins issus des universités civiles aux spécificités de la médecine de guerre. Le Val-de-Grâce ne se contente plus de soigner : il devient un pôle de transmission du savoir et de recherche médicale.

Pendant plus de deux siècles, l’ancienne abbaye a ainsi vu se succéder les plus grands noms de la médecine de défense, tels que Larrey ou Laveran. Cette transition historique a permis de transformer un sanctuaire dédié à la dévotion royale en un centre d’expertise technique et académique, tout en préservant l’intégrité de ses structures monastiques d’origine.